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Doyenné Haubourdin Weppes <span>Diocèse de Lille</span>
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“Les évolutions du modèle éducatif et leurs conséquences”...

Compte rendu de la conférence de conclusion du cycle ayant pour thème “L’Education”.
Nous étions plus de 120 personnes réunies ce 15 février pour écouter Guy Cordier, pédopsychiatre, nous donner le fruit de sa longue carrière de rencontre avec des jeunes en difficultés et leurs parents. Son exposé s’est limité aux quatre points qui lui semblent essentiels pour comprendre les jeunes aujourd’hui.

Tout d’abord, la remise en cause de l’autorité des parents et éducateurs : une enquête de « La Croix » montrait que 80% des parents et des jeunes 15/24 ans) trouvent l’autorité nécessaire et positive, autant trouvent qu’ils l’exercent correctement, mais que les autres, parents et enseignants, ne l’exercent pas ! « Avant », l’autorité était ressentie comme nécessaire pour apprendre les règles qui régissent le fonctionnement de la société et donc pour pouvoir y trouver sa place ! « Aujourd’hui », les parents souhaitent le bonheur et l’épanouissement de leur enfant …et ont donc du mal à dire NON : les parents proposent et les enfants disposent. Ils voient le monde à leur service. L’excès d’autorité déboucherait sur l’inhibition et sur des attitudes d’opposition est ressentie comme négative : ainsi les enfants sont plus sûrs d’eux ! Mais sont-ils plus heureux ? Notre société valorise l’immédiateté, le « tout et tout de suite » : on ne sait plus attendre ! Or le sentiment du manque est consubstantiel de la nature humaine !

Dans la petite enfance, l’enfant commence par prendre conscience de son être distinct de celui de sa mère. De 1 à 4 ans, il veut s’affirmer, confirmant ainsi qu’il existe ! On observera qu’il estime que ce qu’il invente existe immédiatement (pensée magique), que les autres (ses parents) sont à lui, qu’il fait des colères quand les autres résistent, qu’il veut tester jusqu’où il peut aller… Les parents sont là pour fixer des limites : autoriser ou pas ! Quand il va chez d’autres adultes, il sera souvent vu comme aimable, serviable,  …. parfait ! Parce qu’il sait qu’à 17 heures (fin de l’école), il sera libéré et retrouvera une mère obéissante : sa seule relation est la possession pas le partage. L’éducation consiste dans la transformation de cette attitude : l’autre n’est pas un objet, mais un sujet et c’est l’autorité des parents et enseignants qui impose ce changement d’attitude. Cela permet à l’enfant de devenir un sujet désirant, c'est-à-dire une personne humaine. Cette autorité nécessaire a été mise à mal par quelques évolutions de la société : mai 68 (il est interdit d’interdire) , la moindre présence des mamans (qui travaillent ),la place du père plus réduite depuis la loi de 1970, l’évolution des structures de la famille qui était un clan pendant le premier millénaire, la cellule de base de la société fondée sur l’alliance du couple pendant le deuxième millénaire, aujourd’hui fondée sur la filiation car c’est l’enfant qui donne sens aux parents : il a donc l’autorité.  Ces évolutions rendent plus difficile l’exercice de l’autorité.

Second point agissant sur l’éducation : les écrans. Comment gérer leur utilisation alors qu’ils ‘en servent plus naturellement que nous ? Quelques repères :

Avant deux ans : pas d’écrans (sauf SKYPE). Même la télé en bruit de fond perturbe leur acquisition du vocabulaire et leur capacité d’attention. Seuls les jeux (construction) et les histoires racontées le développent.
De 2 à 3 ans, un quart d’heure par jour accompagné en privilégiant les DVD de leur âge.
De 3 à 6 ans, une demie heure par jour, en privilégiant les jeux à plusieurs et en fixant un cadre horaire et durée. Rien dans la chambre !
De 6 à 9 ans, rien dans la chambre, fixer un temps et connaitre ce qu’il voit. Parler des dangers.
De 9 à 12 ans, l’âge du téléphone, en particulier parce que cela différencie des parents, moins habiles qu’eux. C’est un outil de reconnaissance et de groupe qui assure un lien permanent échappant à la maitrise des parents. Il faut limiter la durée et attire l’attention sur les risques (tout ce qui est mis dans les réseaux y reste !!!).
Après 12 ans, l’âge des réseaux sociaux. Veiller à limiter le temps par contrat, alerter sur les risques (porno, permanences des éléments mis dans les réseaux,…). Noter que certains jeunes considèrent normal de passer 6 heures par jour sur les écrans (et 12 heures pendant les vacances…)

Troisième point : la mixité scolaire qui est autorisée depuis 1957. Avant les écoles étaient unisexuées pour les élèves et les enseignants. Les effets de la situation de mixité actuelle ont été peu analysés.  Ce qui est observé : les filles réussissent mieux que les garçons, par exemple les évaluations menées en fin de première montrent que un garçon sur trois a des difficultés importantes et une fille sur douze ; dans les sections de rattrapage on trouve 70% de garçons, plus de filles que de garçons atteignent le niveau du bac et le taux de réussite est de 76% pour elles et de 57% pou eux… Et ces écarts entre filles et garçons se creusent d’année en année. On n’est donc pas étonné de constater que les filières sélectives (médecine, écoles de commerce, magistrature …) se féminisent.                                  Tout cela s’explique par la différence de maturité psychologique car l’envie de grandir conditionne l’envie d’apprendre. Or cette envie est créée par une volonté d’imiter le modèle que je jeune se donne. Une fois le complexe d’Œdipe résolu, le modèle d’une fille sera sa mère et par extension ses enseignants qui sont des femmes, renforçant l’image de la mère. Pour les garçons cela arrive plus tard, car l’image du père n’est pas renfoncée par celle des enseignantes (femmes très majoritairement). Ces différences sexuées sont confirmées par l’observation de l’évolution du cerveau (neurosciences) selon le sexe. C’est pour ces raisons que les pays du nord imposent la parité dans le corps enseignant et gardent des activités scolaires séparées par sexe dans les établissements qui restent mixtes. Les pédopsychiatres insistent aussi pour que les pères s’investissent auprès de leurs fils !

Enfin l’adolescent aujourd’hui. Cette période centrale de la vie humaine est marquée par les changements de la famille et de la société. Trois points et quelques questions. D’abord les résultats d’une étude de jeunes quand ils ont 1 à 4 ans et qu’ils sont adolescents (étude longitudinale).Ces deux périodes sont caractérisées par une volonté du sujet de s’affirmer, souvent en s’opposant, et d’expérimenter pour découvrir. Ils sont marqués pour l’enfant par un sentiment de toute puissance et pour l’adolescent par celui de l’invulnérabilité. Les résultats de l’étude montrent que le jeune qui a bien vécu le premier âge, s’en sort mieux au second : il y a une continuité. Quant à la société, elle porte les signes de l’adolescence : elle valorise la capacité d’adaptation alors que l’adolescent a besoin de repères stables pour se construire ; le jeune est poussé à réfléchir et à décider seul, mais en cas d’échec il sera seul aussi ; le monde change (vite) alors que le jeune a besoin de stabilité pour se construire. Enfin nous vivons dans un monde connecté, la quatrième révolution selon Michel Serres : après l’oral, l’écrit, l’imprimerie vient le numérique. Le monde numérique donne l’illusion de la toute puissance ; devenir maitre du temps de l’espace et de mes relations. Quelques remarques :

 Risque de chercher son identité en s’exposant à la face du monde par les réseaux sociaux
Vie sans temps mort alors qu’il faut du temps au temps et des moments d’intimité
Quelle autonomie garder si la connexion est permanente ?
Comment se construire un espace de réflexion ?
Pourquoi apprendre alors que « tout » est sur le net ?
Peut-on réussir sans effort ?
L’école doit elle transmettre ou aider à trouver ?

Pour terminer Guy Cordier nous invite à arrêter un moment pour comprendre mieux notre monde !

Compte rendu de la conférence par Gaston Vandecandelaere