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Thème de notre rencontre.. OSER L’ESPERANCE

Nous étions près de 200 à assister à la conférence de Jean Claude Guillebaud ce mardi 6 octobre.
Oser l’Espérance aujourd’hui, comment Est-ce possible?
C’est quand tout va mal qu’il faut retrouver l’Espérance ! Car c’est une volonté en action !

Nous étions près de 200 à assister à la conférence de Jean Claude Guillebaud ce mardi 6 octobre dans l’espace Beaupré à Haubourdin. Organisée en collaboration avec « Les amis de la Vie », la rencontre concluait la  série de 5 soirées proposées par le groupe « Débats en Weppes » sur l’Espérance.

                    Oser l’Espérance aujourd’hui, comment est-ce possible : notre vie est affolante, les écarts entre riches et pauvres se creusent, la pauvreté se développe, la société est dure, notre Europe, née « chrétienne », est inexistante,…et la guerre dans le monde se porte bien ! Mais justement, c’est quand tout va mal qu’il faut retrouver  l’Espérance ! Car c’est une volonté en  action !

                    Le parcours de Jean Claude Guillebaud commence par des études universitaires classiques (Droit - Sciences Po) qui lui donnent l’occasion de rencontrer Jacques Ellul  avec qui il restera toujours en relations suivies.  Jacques Ellul est un universitaire protestant qui aborde les questions en sociologue et en théologien et  qui, dès ses premiers écrits, affirme que nos conflits (en 1954) sont du siècle précédent et que notre défi à venir sera de maîtriser les techniques. Et pour lui « Rien n’est plus grand que l’Espérance » ! Notre invité en restera marqué pour toujours.

                    Mai 68 amène Jean Claude Guillebaud, alors engagé dans une carrière universitaire, à changer de voie : il vire au journalisme. A la stupeur de ses proches, il devient correspondant de guerre pendant 26 ans, jusqu’en 93 : du Biaffra à Sarajévo. Quelle impression forte lui reste-t-il des horreurs rencontrées ? « Ce que j’ai vu m’a montré que, dans tous les cas, il y a des gens qui ne renoncent pas, qui ont de l’Espérance ». C’est en descendant de l’avion, en rentrant en France qu’il retrouvait la grisaille de la désespérance, dès la première conversation avec le chauffeur de taxi….

                    Un jour, il propose à son rédacteur en chef au journal Le  Monde (Jacques Fauvet) de faire un reportage sur une famille dans la misère. Avec son accord, il part à Calcutta où il vit dans une famillle qui ne possède rien. Il la trouve gaie et généreuse, découverte qui le marqua à jamais. L’article qui paraît fait grand bruit et lui donne l’occasion de rencontre Dominique Lapierre qui développera le même thème dans « la Cité de la Joie ».

                    Pour Jean Claude Guillebaud, la désespérance serait une trahison des exclus. Georges Bernanos dit que «  Le péché contre l’Espérance est le plus grave et…le plus tentant ». Edgard Morin nous invite à «  être des redresseurs d’Espérance » ! Saint Augustin constate que « l’Espérance des hommes a créé deux enfants, la colère et le courage ». Car l’Espérance incite à courir des risques. Vivant professionnellement à Saint Germain des Prés, lui-même constate que l’Espérance n’est pas « tendance », il faut être prophète de malheur. Alors que l’Espérance est jeunesse,  communicative, agissante. Et si les jeunes sont rétifs aux discours moralisants, ils ont un « total respect » pour les témoignages de vie. Ainsi, quels sont les profs qui sont écoutés : ceux dont on sent, en les écoutant, qu’ils croient ce qu’ils disent.

                    Notre invité nous incite à refuser d’entendre le mot «  crise ». Une crise est, en effet, un état que l’on attend de quitter pour retrouver l’état antérieur (penser à une crise de foie..) : le bon vieux temps ? Or ce n’est pas notre situation. Il faut refuser de croire ceux qui promettent la « sortie de crise » ou les 3% de croissance : cela n’existera plus. Nous vivons une mutation, comparable à la chute de l’empire romain, période qui a duré 1000 ans ou la Renaissance qui suit le moyen âge (qui avait duré mille ans lui aussi). Nous finissons un cycle pour en commencer un tout autre.  Michel Serres prétend même que notre mutation est aussi importante que le passage du paléolithique au néolithique, c'est-à-dire le passage des nomades cueillant et chassant aux groupes sédentaires cultivant et élevant leur bétail. Or chaque mutation a ses promesses et ses risques, mais cela, nous dit-il, doit nous « donner  la pêche » ! Cette mutation a, classiquement, cinq causes reconnues :

1 –BOULEVERSEMENT GEOPOLITIQUE.

                    L’Occident n’est plus au centre du monde et sa domination n’existe plus dans 4 domaines :

  • Militaire : d’autre pays ont émergé (Chine en particulier) et les formes d’agression ont changé avec l’émergence des terrorismes.

  • Economique : le développement porte enfin des fruits substantiels car non seulement la pauvreté a sensiblement régressé, mais des pays ont maintenant des classes moyennes abondantes (Brésil, Russie, Inde, Chine : le « BRIC ») et d’autres accèdent à ce stade.

  • Technique : longtemps localisées dans l’Occident, les techniques classiques se sont diffusées partout et les technologies numériques n’ont, par nature, pas de frontières.

  • Culturel : les sources culturelles ne sont plus seulement en occident et d’autres cultures émergent et sont reconnues.

    En bref, nous sommes réduits à notre taille : un milliard d’habitants parmi sept et les cartes du monde, longtemps centrées sur l’Atlantique, le sont maintenant sur le Pacifique.  

    2 – MONDIALISATION

  •                     Alors que nos pays pensaient avoir réussi à domestiquer le capitalisme, le « pays » n’est plus la bonne échelle. Cela désoriente beaucoup de nos contemporains, car ce changement touche la politique, le syndicalisme, les règles sociales…. Ce phénomène comporte cependant d’abord des aspects positifs en particulier dans la régression de la pauvreté et l’accès d’une part plus grande de la population à une vie digne (la classe moyenne de l’Inde représente 350 millions de personnes…)

    3 – REVOLUTION NUMERIQUE

                        Cette technique a la particularité de se développer très rapidement et universellement. Par nature, elle est presque immatérielle, elle se communique partout et instantanément. Support de la communication, elle a contribué pour beaucoup à la mondialisation et au rétrécissement de l’espace. Elle n’a pas de frontières et peu (voire pas) de régulation. Les machines ont été longtemps un prolongement de la force humaine. Les ordinateurs sont des prolongements de l’esprit.

    4 – REVOLUTION GENETIQUE

                        Depuis les années 50 et la découverte de la structure de l’ADN, l’Homme est capable d’agir  sur la vie en intervenant directement sur la cellule. Cela est terrifiant ET plein de promesses, pouvant être utilisé pour de nouveaux types de soins prometteurs, mais aussi pour des sélections d’embryons et la recherche du « bébé parfait »….. Il serait aussi stupide de tout rejeter en bloc que de tout accepter sans réfléchir.

    5 – REVOLUTION ECOLOGIQUE

                        Sans doute la plus difficile à maîtriser : notre mode de vie et nos habitudes de consommation sont généralement souhaités par tous : comment et pourquoi le refuser ? Or, par exemple, si tous les chinois avaient autant de voitures que nous, tout le pétrole mondial ne suffirait pas à satisfaire cette seule demande. On a calculé aussi que pour satisfaire les besoins de toute la population mondiale amenée à notre niveau de vie, il faudrait trois terres ! La seule solution est donc de rechercher un développement frugal et des baisses de consommation. Si non, les ressources manqueront (nourriture, eau, matières premières,…). C’est un changement radical : saura-t-on le mettre en œuvre sans guerres ?

                         Dans sa conclusion, Jean Claude Guillebaud nous redit que ce changement de monde est une chance et que notre génération aura eu cette chance de vivre deux mondes. Encore faut-il que nous soyons attentifs pour discerner les signes positifs d’arrivée de cette nouvelle civilisation que les jeunes générations vont créer, car, selon Ghandi, « l’arbre qui tombe fait beaucoup de bruit, mais la forêt qui pousse ne s’entend pas ». Nous avons aussi à assumer notre part dans ces changements, là où nous sommes, même si ce n’est pas facile et peut sembler dérisoire.

    Tel est « l’envoi » que nous laisse  Jean Claude Guillebaud en nous invitant à l’Espérance.

                                                                                     Compte rendu établi par Gaston Vandecandelaere(10/10/15)