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Doyenné Haubourdin Weppes <span>Diocèse de Lille</span>
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Homélie de la messe du 4 février 2018 à Profondeville

Le tout premier récit de guérison dans l’évangile de Marc… nous parle d’une belle-mère ! Qu’elles soient idéalisées ou mal aimées, les belles-mères sont un peu le symbole de ces relations que nous n’avons pas choisies et qu’il faut pourtant intégrer dans notre vie ! Elles représentent ce qui surgit dans notre liberté, dans notre intimité parfois. Et comme pour la belle-mère de Pierre, lorsqu’un événement non voulu vient bousculer le cours de notre vie, nous sommes naturellement pris de fièvre : ce mécanisme de protection contre l’imprévu. La fièvre est en effet cette réaction de défense qui se met en place lorsque la vie ne suit plus son cours normal. Deuil, échec professionnel, rupture, maladie, changement accidentel : parfois, nous préférons subir que faire face. La fièvre nous met alors sur la défensive. Confrontés à la souffrance, à la précarité, ne nous arrive-t-il pas de démissionner de la sorte, de ne pas choisir de vivre, de ne plus habiter notre existence ? Le cri de Job que nous avons entendu dans la première lecture est de cet ordre. « Vraiment, la vie de l’homme sur la terre est une corvée ! ». « A quoi bon vivre ! ».

Comment donner encore un sens à son existence, lorsque le temps qui passe ronge la vie sans rien construire? Notre monde contemporain est étonnamment proche de celui de Job. Davantage qu’une crise de la foi, nous traversons une crise de l’espérance.

Cependant, face à cette question radicale du sens, un chemin nous est proposé dans l’Evangile. Regardons ce que fait Jésus dans ce récit de guérison. Curieusement, il ne prie pas. Il n’invoque pas Dieu. Il n’invite pas à croire. Il ne dit rien. Il n’y a pas d’éclat. La guérison est intime, silencieuse. Jésus s’approche et pose un geste tout simple. Cette guérison se passe au cœur même de la vie de tous les jours, au domicile même de celui qui vient d’être appelé par Jésus à devenir pêcheur d’hommes. Se relever et découvrir du sens se fait —non par une fuite en avant ou la recherche d’un ailleurs— mais en revisitant autrement, par des gestes simples, son propre lieu de vie et ses relations. Ce message est aussi libérant qu’exigeant : habite autrement ta vie ! Vivre l’évangile, ce n’est pas espérer une autre vie —vouloir être autre— mais vivre autrement son existence. Voilà ce que nous dit l’évangile : vis autrement ton désir, ton corps, ta maison, tes relations, tes émotions. Interprète autrement ton existence. Donne-lui de la hauteur. Occupe autrement ta vie à la lumière de l’évangile !
Le monde recherche efficacité et performance ?

L’évangile nous dit :
Habite ta vie avec l’audace de l’incertitude et de l’incomplétude.

Le monde t’invite à davantage de possessions ?
Habite ta vie en accueillant ta propre fragilité et le manque.

Le monde t’invite à faire ce que tu veux ?
Habite ta vie, en intégrant dans ton histoire ce que tu n’as pas voulu,

Le monde cherche de la visibilité et de l’éclat ?
Habite ta vie en cultivant une Présence intime et divine

que personne ne peut te prendre.
Le monde voit le temps qui passe comme de l’inéluctable ?

Habite-le comme le lieu de maturation, d’espérance et de liberté.
Le monde recherche pouvoir et maîtrise ?

Habite ta vie avec un réel esprit du service
qui n’attend rien en retour.

Bien entendu, tout cela ne changera pas la maladie, ni le cours des événements, ni les personnes qui nous entourent. Cependant, nos choix et chaque geste de bienveillance changeront nos relations, redonneront de la dignité à ceux qui nous entourent.

Alors, pourquoi attendre encore ? Ne donnons pas aux événements le pouvoir de nous rendre fiévreux et sans espoir.

N’attendons pas d’avoir pour partager.
N’attendons pas d’avoir du temps pour servir.
N’attendons pas d’avoir réussi pour aider,
Ou d’être aimé pour aimer en retour…
Car, à force d’occupations extérieures, on en vient à oublier d’habiter sa vie intérieure, là où demeure Dieu.

Pour celui qui se met à l’école de cet évangile, la vie ne se vivra plus dans la peur et la défensive, la lutte fiévreuse contre les éléments étrangers. Elle se vivra dans la confiance, qui s’extériorise toujours dans le service. Car servir, c’est fondamentalement être libre. « Libre à l’égard de tous, je me suis fait le serviteur de tous » nous dit Saint Paul. Servir, c’est oser exister en accueillant ce que nous n’avons pas choisi. C’est triompher de son égoïsme et mettre son centre de gravité en l’autre, pour lui tendre la main et le relever.

Celui qui habite sa vie de la sorte découvrira la vraie liberté. Car lorsqu’on désire ce que l’on a, on a tout ce qu’on désire. Amen.



https://www.lejourduseigneur.com/homelie/homelie-de-messe-11-fevrier-a-paris/
Homélie de la messe du 11 Février à Paris

En ce dimanche de la Santé, j’aimerais d’abord rendre hommage au merveilleux travail des acteurs, qui œuvrent au chevet de l’humanité souffrante. Je peux témoigner ici même de l’investissement sans faille, du savoir-faire et de l’humanisme du personnel médical et soignant. Comment ne pas vous faire un joli clin d’œil, à vous jeunes amis handicapés. Quelle leçon de vie vous nous donnez par votre courage et votre joie de vivre ! Quel bonheur aussi de pouvoir compter sur la présence et l’accompagnement du Service Evangélique des Malades et des aumôniers d’hôpitaux. Ils calligraphient dans le cœur des malades une belle page, à l’image de celle qui nous est offerte dans l’Evangile.

Le Lépreux qui se présente aujourd’hui devant Jésus est meurtri dans sa chair et dans son cœur. Que faire devant une telle détresse ? Comment la soulager ? Il ne devait pas être beau à voir, avec son visage repoussant. Aujourd’hui encore quand votre visage est difforme, lorsqu’il porte les stigmates de la maladie, les regards se détournent et quelquefois les commentaires sournois vont bon train.

La maladie de cet homme est cruelle, mais l’isolement social, auquel il est condamné, est une double peine. Personne pour poser sur son corps abimé une main de tendresse, personne à qui confier ses angoisses et son désespoir. Comme de nombreuses personnes clouées sur un lit d’hôpital, ou emmurées dans leur solitude et leur souffrance, il lance un dernier appel de désespoir à Jésus : « si tu veux, tu peux me purifier ».

Ce cri résonne avec une particulière force aujourd’hui, en la fête de Notre Dame de Lourdes. Cette prière s’élève tous les jours de la cité mariale et intercède en faveur de nos frères et sœurs malades.

Le cœur de Jésus ne peut rester insensible à une telle détresse. Cela lui est insupportable. Il est pris de compassion. Il frémit dans ses entrailles. Quand l’homme a mal, Dieu souffre. Quand l’homme suffoque, Dieu étouffe. Mystère même de l’incarnation !

Dans un premier temps, Jésus donne au lépreux la chance d’exister à travers le regard qu’il pose sur lui. Souvenez-vous de Bernadette à Lourdes parlant de la Dame qu’elle voyait, elle disait « Elle me regardait comme une personne ». Et toi quel regard portes-tu sur l’autre ?

Dans un deuxième temps, Jésus touche celui qui était obligé de se mettre à l’écart de la communauté. Il ne craint pas de braver l’interdit. Qu’importe la Loi, quand il s’agit d’un humain en souffrance, Jésus se met « hors la loi ». Cette liberté qu’il revendique, il la puise dans un amour sans frontière qui ne craint pas de bousculer les règles établis. Imiter le Christ c’est regarder l’autre avec ce même amour, c’est toucher et soigner toutes les lèpres d’aujourd’hui que sont : la montée du racisme, de l’exclusion, de la violence, de la pauvreté grandissante.

Prendre le Christ pour modèle, c’est choisir d’être solidaire avec les personnes malades et handicapées, les prisonniers, les marginaux et tous les rejetés de notre monde.

Alors, je t’invite cette semaine à prendre des nouvelles d’un ami malade, à rendre visite à un collègue en arrêt de maladie, à te proposer pour faire les courses à un voisin âgé, à offrir ton aide pour ses démarches administratives. Des petits riens qui pèsent le poids de l’amour.

Ami, si tu ne vois en Jésus qu’un faiseur de miracles, passe ton chemin. Mais si, en écho à l’apôtre Paul, et sans chercher ton intérêt, tu imites le Christ qui n’a pas eu recours à l’imagerie médicale, pour percevoir la beauté du lépreux, le regard que tu porteras sur l’autre, sera « scanner de l’amour ».

Amen

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