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Doyenné Haubourdin Weppes <span>Diocèse de Lille</span>
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DÉCÈS & CÉLÉBRATION DE FUNÉRAILLES

Maman vient de mourir dans mes bras. Y-a-t-il impuissance plus douloureuse de ne pouvoir réanimer la vie de laquelle l’on vient ? Cependant, existe-t-il une grâce plus intense ? De nombreux amis m’ont dit : « Vous étiez là. C’est bien ». Je n’aurai pas trop de ce qui me reste à vivre pour mesurer ce que je viens d’éprouver. Maman rayonnait de discrétion.

Il me semble que, par son témoignage, Dieu veut faire signe : la vie n’est pas propriété. Elle est don ! Et s’il est vrai que chacun mourra seul face à la perspective du grand passage, il est essentiel que personne ne meure dans le désolant isolement. Etre là ! Pas besoin d’être féru en médecine pour comprendre l’affolement d’un écran de soins intensifs. La statistique vitale dégringole jusqu’à zéro. Les alarmes sont lancinantes. Le visage de la « patiente » vous signifie charnellement que le départ est imminent. Sa pâleur sépulcrale ne trompe pas. Faut-il mourir afin de vivre ? Etre là ! Accompagner, les yeux embués de larmes, l’être aimée s’en allant vers l’autre rive. Tout se précipite et se métamorphose. L’heure qu’il est semble dérisoire et, pourtant, dans cinq minutes, l’encre du « certificat » la rendra irréversible. Les siècles ressemblent à des secondes, et les secondes se chargent d’éternité. Pourquoi pars-tu ? Connais-tu seulement le chemin ? On ne sait que faire, mais on le fait d’un amour qui se reçoit. Qui voudrait retenir encore l’autre dans l’ici bas. Mais qui, déjà, consent et espère en l’horizon de la rive sereine. Bénir, embrasser, être là…

Je souhaite à mes contemporains de connaître l’expérience que je viens de traverser. Elle fait relativiser tant de discours. Quand autrui s’en va, le faible n’est plus lui, mais vous ! Vous devenez le pauvre de toute suffisance. « Ma vie, nul ne la prend, mais c’est moi qui la donne ! ». Etre là ! N’est-ce pas la seule réponse à vue humaine et évangélique ? J’ai beaucoup apprécié que l’infirmier de garde soit en « tenue de service » jusqu’au bout. Il parla en effet à maman comme à une personne quel que fut son degré de conscience. Attitude tellement importante ! Elle permet aux vivants d’apprivoiser la mort de leurs bien aimés, et non de la fuir ou de l’idéologiser. « Vous pouvez accompagner votre maman tant que vous voulez ! » m’avait dit le médecin tandis que nous échangions encore sur le » diagnostic ». Grâce à cette délicatesse dans l’amont de l’épreuve, l’accompagnateur acquiert la force de devenir veilleur. « Me diras-tu où en est la nuit ? » Maman a toujours résisté à « se mettre en avant ». La respecter consiste à ne pas en dire davantage. Mais si je partage ces lignes au grand jour d’un bloc notes, c’est parce que leur conviction profonde dépasse la stricte intimité. Quelque chose de cette expérience très personnelle est à rompre comme le pain d’Emmaüs. C’est pourquoi je vous l’offre ami lecteur. Quelle que soit notre route, il suffit d’aimer !

Depuis le « grand passage » de maman, beaucoup me livrent en effet des cris du cœur comme par exemple : « Elle était tellement bienveillante qu’il me semble qu’une partie de moi-même s’en est allée ! » Je reçois ces témoignages. Ils sont en résonance de la prière que fit un jour un confrère ayant vécu les mêmes heures : « Seigneur tandis que maman s’en va vers vous, une part de mon être repose désormais en vous ». Ah, si ce que l’on appelle le « débat sociétal de la fin de vie » pouvait revêtir cette vérité et cette paix ! La tradition juive contient un proverbe : « Dieu qui ne pouvait toujours être partout, a créé la mère ».

Belle façon de dire que la puissance d’aimer au quotidien ne peut venir que d’en haut. Depuis le départ de Maman en veille de Pentecôte, je crois (un peu moins mal ?) en ce Dieu « avec tous » nous disant de la croix de toute vie : « Voici ta mère ! ».  p Bernard PODVIN (La Croix du Nord n°2369 du 13 juin 2014)