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Doyenné Haubourdin Weppes <span>Diocèse de Lille</span>
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Comprendre les phénomènes de migrations

Les organisateurs de « Débats en Weppes » ont choisi cette année de traiter du « Vivre Ensemble » dans notre société en l’abordant par des sujets concrets. Ce soir, il s’agit des migrations, sujet cher à Jérôme Vignon, d’autant plus qu’il a été chargé par le Ministre de l’Intérieur d’un rapport sur la situation de Calais.

Il faut dire que ce père de six enfants, diplômé de Polytechnique, de l’ENSAE (statistique) et en Economie, a développé son activité professionnelle dans le service de l’Etat en particulier dans les questions sociales. Il a aussi accompagné Jacques Delors, ministre des finances (81-84), puis Président de la commission Européenne. Il est resté à Bruxelles près de 10 années travaillant en particulier sur la gouvernance de l’Europe. Il revient en France à la DATAR comme directeur de la stratégie. Sa référence, dit-il, est l’Enseignement Social de l’Eglise. Après avoir été membre du MCC, il est l’actuel Président des Semaines Sociales de France, ainsi que les Observatoires de la Précarité et de l’Exclusion Sociale (ONPES) et de la Précarité énergétique (ONPE)

              Rappelant la présentation par Jésus du Jugement Dernier (Matthieu «  J’étais étranger et vous m’avez accueilli »), notre ami insiste sur la centralité de cette question dans l’Evangile : nous avons le devoir d’accueillir et nous devons croire que nous réussirons !

Un premier regard d’ensemble.

Il y a dans le monde environ 40 millions de migrants, principalement déplacés dans leur pays ou dans les proches voisins. C’est principalement dans les pays du sud à cause des guerres, du sous emploi, de la faim en attendant les raisons climatiques. A noter le développement de migrations circulaires : les migrants comptent bien rentrer au pays le moment venu ! C’est aussi le cas pour un nombre croissant de nos concitoyens. Nous sommes donc invités à accueillir la diversité tout en restant qui nous sommes, même si notre société actuelle est très sensible et craintive sur ces sujets.

Qu’en est-il en Europe ?

              Le solde migratoire en Europe a été de 1.8 millions de personnes jusqu’à la crise de 2008, puis il a baissé 1 million ces dernières années. Ces chiffres, à comparer aux 500 millions d’habitants sont faibles et compensent la perte de population liée à la dénatalité, la France étant une exception. Ces dernières années voient s’opérer un changement de nature des migrants : ils venaient pour un travail, ils viennent pour fuir et demander asile ce qui relève d’une législation internationale particulière qui concerne 1.2 millions de personnes en 2015. Si leur demande est  reconnues, elles ont un statut et pourront travailler et bénéficier de la loi de leur pays d’accueil. Si non, elles ont l’obligation de quitter le territoire.  En Europe, cela se traite dans l’espace Schengen qui doit s’adapter à ce changement numérique, les négociations sont en cours, sont difficiles, mais progressent.

Et en France ?

              Notre pays est actuellement peu attractif (chômage, admission difficile,…) : 60 000 demandes, 23 000 accueils. Cela s’explique par le sentiment que l’on n’arrive déjà pas à intégrer les générations des migrants précédents… Par ailleurs, le traitement administratif est mal adapté au volume de la demande. Mais les choses s’améliorent et contrairement à ce que disent certains nous sommes loin d’une invasion…. A nous, croyants, de nous montrer accueillants et optimistes sur l’avenir : un petit rappel de l’enseignement social de l’Eglise :

Toute personne a le droit de vivre et de travailler chez elle, ce qui nous oblige à l’aide au développement
La destination universelle des biens qui ouvre sur l’accueil des personnes qui n’ont pas les moyens de vivre chez elles.
Tous les pays ont le droit d’avoir une politique migratoire, car ils doivent agir aussi  pour le bien commun dans leur pays. (« La France ne peut accueillir toute la misère du monde, mais elle doit en prendre sa juste part » selon Michel Rocard.)
Les personnes accueillies doivent respecter l’état de droit et les règles de vie de leur pays d’accueil.

Et à Calais ?

              A la demande conjointe du Secours Catholique et de Médecins du Monde, le ministre de l’intérieur a chargé Jérôme Vignon, avec le préfet Aribaud, d’établir un rapport sur les moyens de mettre en œuvre une « solution durable », car la situation actuelle va durer « un certain temps », tant que ses causes ne seront pas disparues. Après de multiples rencontres avec les collectivités territoriales, les associations, les administrations,  des migrants,… le rapport a été remis en juillet 2015. Il comporte 20 propositions que Monsieur Cazeneuve a décidé de mettre en œuvre.  Ce rapport, disponible sur le Net (1), se veut objectif et humain, insistant en particulier sur le respect, PAR CHACUN, de l’Etat de Droit. Les propositions portent sur des aspects généraux (lutte contre les passeurs, faire respecter l’état de droit, effectuer (rapidement) les retours au pays, mieux gérer les questions relevant de l’Europe, revoir les relations avec l’Angleterre…), mais aussi la nécessité de respecter la dignité des personnes qui sont là par nécessité, être plus ouvert et plus efficace pour traiter les demandes,….Et nous savons par les annonces, radio et télévision, que cela est effectivement mis en œuvre.

En bref, une bonne soirée pour mieux appréhender une question complexe, éclairée par la vision évangélique, et qui nous incite tous à assumer ce qui est à notre portée.

 

                                                 Rapport établi par Gaston Vandecandelaere (11/03/2016)

(1) Rapport à Monsieur le Ministre de l’Intérieur sur la situation des migrants dans le Calaisis