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Doyenné Haubourdin Weppes <span>Diocèse de Lille</span>
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“Handicap et Vie professionnelle”

En ce début d’année 2017, pour terminer le « cycle » sur le «Vivre Ensemble », nous avons choisi d’aborder l’accueil des personnes en situation de handicap, non pas en recevant la conférence d’un spécialiste sur ce sujet délicat, mais en écoutant des témoignages : il nous a été impossible de ne pas être séduits par nos intervenants !!!

C’est d’abord Sylvain qui se présente : marié, père de famille, il est ingénieur en entreprises. Son histoire commence alors qu’il est en entreprise dans le cadre de sa formation en alternance : en 99, la maladie, une sclérose en plaque, lui « tombe dessus », mais cela reste son affaire ! Il poursuit ses études puis, diplômé, il est embauché par l’entreprise. Il change d’entreprise mais ne s’y sent pas bien, change encore, pour « construire des trains » chez Alsthom. Les difficultés physiques se manifestant d’avantage, l’entreprise lui demande de faire reconnaitre son handicap : il refuse et démissionne ! Embauché chez Décathlon, deux avancées personnelles : il accepte son handicap et il accepte l’aide des autres : « passer de l’indépendance à l’autonomie ».

Un bilan de son insertion. Pour lui les « bénéfices sont d’abord dans une re-socialisation, car il est accompagné en permanence par son environnement, il a retrouvé une confiance dans l’avenir et une sérénité, tout cela contribuant à le maintenir en santé. Pour ses collègues, il réussit à les rassurer en parlant de son handicap, et, alors, il devient fédérateur d’équipes, les autres se sentant valorisés par les services qu’ils lui rendent, ils en tirent une certaine fierté et sont interpelés sur le soin de soi. Quant à l’entreprise, elle manifeste par son accueil une ouverture concrète à la diversité, y compris d’origine ou de religion. Elle exprime concrètement ses valeurs humanistes et son image (Handi-accueil). Sylvain a aussi pu créer une mission handicap dans l’entreprise qui a élargi ses perspectives dans la recherche de l’équité pour tous : amener chacun à pouvoir être au même niveau dans le groupe en lui apportant les moyens nécessaires. C’est une recherche de la qualité de vie au travail, ce qui améliore le bonheur et donc…l’efficacité au travail !

Pour terminer, une question fréquente : faut-il parler de son handicap ? Cela dépend de la culture de l’entreprise, mais, ne tout cas en parler libère. Une question à nous poser : quel projet suis-je prêt à vivre avec une personne en situation de handicap ?

C’est ensuite Sylvain Mas, dirigeant d’entreprise fabriquant des moyens de déplacements pour personnes ayant des difficultés motrices (voir le site sur internet de HANDYNAMIC).  Après une rupture de contrat de travail alors qu’il est dirigeant de l’entreprise, Sylvain traverse une passe très difficile, « une mort » ! Il est angoissé, se sent humilié de voir ses proches souffrir, d’être rejeté par ses pairs…. Puis vient la « résurrection » par des rencontres avec ceux qui deviennent des associés dans l’entreprise qu’ils décident de créer. Dans notre monde de trans-humanisme, de l’homme augmenté et dont même la mort est évacuée, l’entreprise se consacre au service des plus fragiles : donner aux personnes en situation de handicap la possibilité de se déplacer en leur proposant un fauteuil adapté et le véhicule capable de le transporter. Le fonctionnement de l’entreprise lui donne l’occasion de rencontres de personnes dont il découvre les richesses : d’abord, elles ont un punch hors du commun et elles apportent du lien, car chacun veut les aider. Par ailleurs leur situation nous interroge sur nos propres limites.

Parmi les rencontres remarquables, Sylvain évoque l’embauche de Camille qui a 35 ans, se déplace en fauteuil a obtenu un master à Lille III. Etant douée pour l’écriture, elle sera chargée des rédactions à faire pour l’entreprise dans un environnement adapté à sa situation. Elle nous raconte qu’un jour elle a été amenée à répondre au téléphone pour une demande de renseignement d’une personne intéressée par les produits de l’entreprise : l’échange s’est très bien passé, et d’autant plus que la cliente a appris que son interlocutrice était aussi en fauteuil. C’est ainsi qu’elle est devenue consultante pour répondre aux questions des futurs clients. Une collègue de Camille qui l’accompagne ce soir insiste sur la leçon de vie que Camille donne en permanence à son entourage.

Nous entendons ensuite Malika, accompagnée de son chien Epson. Née à Paris, d’origine algérienne, elle est ingénieure de l’ENSAIT à 23 ans. A 26 ans elle a un grave accident de voiture et sort du comas en ayant perdu la vue. Accueillie par des personnes  qui lui rendent visite, elle « apprivoise son état », et apprend à « vivre avec ». Sa Foi l’aide aussi a rester debout : « mon corps est handicapé, mais Malika ne l’est pas ! »

Elle décide alors de se former à la relation d’aide et se rend aux USA. A sa grande surprise, le directeur de l’établissement lui demande de l’aider à bien s’occuper d’elle. Et elle constate que tout le monde a appris de ce fait ! De retour en France elle est embauchée aux Trois Suisses dans le centre d’appel qui a été aménagé pour des personnes malvoyantes. En s’interrogeant sur ce qu’elle « rêve » de faire, elle se découvre la vocation d’apprendre à des personnes à retrouver un élan après un grand choc. Elle ne trouve pas d’emploi sur cette piste, car son handicap gène les personnes qu’elle pourrait aider. A la suite d’une rencontre, elle crée une entreprise dont l’objet sera de dédramatiser le handicap pour surmonter la peur qu’il génère dans l’environnement. Elle intervient alors dans les écoles et les entreprises.  Pour aboutir à ce résultat, elle commence par poser la question : quels mots vous viennent à l’esprit quand on parle de handicap : ce sont toujours des à consonance négative qui évoquent l’invalidité. Il faut donc adapter l’environnement pour passer de l’invalidité à la validité : elle propose donc essentiellement un changement de regard. Elle fait aussi le constat que « plus les organismes sont accueillants, plus le cœur l’est aussi » !  Aujourd’hui, ayant développé son sens du toucher, elle envisage de s’orienter vers le massage de relaxation. Elle nous invite en conclusion  à nous poser une question : à quelqu’un de proche en situation de handicap, il faudrait lui demander comment elle souhaite être accueillie : oserions nous le faire ?

Quelques personnes présentes sont ensuite intervenues pour aborder des aspects complémentaires :

Un père de famille, dont le fils de 28 ans a un grave trouble psychique depuis 8 ans, nous fait part de toutes les difficultés qu’il rencontre pour aider son fils à se soigner et à trouver une activité.

Une dame, éducatrice spécialisée en retraite, ayant subi une poliomyélite à 2 ans nous parle de son expérience : elle s’est toujours efforcée de faire comme si de rien n’était. Elle insiste aussi sur le fait que l’acceptation du handicap aide à mieux se faire aider.

Un intervenant attire l’attention sur le rôle des aidants auprès des personnes subissant une lourde maladie évolutive. Si leur rôle est maintenant reconnu, il devrait aussi être aidé ;

Une question pour terminer : qu’est ce qui retient les entreprises d’embaucher ? D’abord l’ignorance (et donc le peur) que seuls des témoignages peuvent combler. Par ailleurs le système n’incite pas à se lancer. Le système de formation pour les personnes en situation de handicap est mal adapté à la demande du marché, de sorte que leur niveau de formation est souvent très faible. Il faudrait surtout changer notre regard pour que notre société devienne, dès l’école,  d’inclusion et non d’exclusion.